Le corps tordu sous le joug d'un funeste lumbago, suis...

Ce mal lancinant


Oh!  Ce mal lancinant qui me courbe le corps,
L’espace d’un instant, de la vie révèle
Les mirages du temps, l’ombre de l’asphodèle,
En mon cœur frémissant, un seul cri : pas encor !

L’heure n’est point venue, il faut vivre d’abord,
Que soit l’œuvre accompli, que vie ruisselle,
La splendeur des âges sur terre m’ensorcelle,
Et l’amant qui m’attend sur le môle d’un port.

Pour vêtement ai pris du vieux chêne l’écorce,
Mon corps bien endurci, contre le vent se force,
Il craque, je frémis, voici l’ultime assaut.

Désormais je plie, là où le vent m’entraîne,
Pour vêtement ai pris du roseau le trousseau,
Tout réjoui, mon corps sans peine se promène.

(Sonnet)