Souviens-toi du premier geste d’écriture...

Je ne peux.  Ma mémoire s’érode sous l’assaut des vagues temporelles.  Je ne vois que des traces fantômes…  Peut-être le doigt de l’enfant qui creuse le sable, dessine une arabesque, une courbe qui  mène au cœur du silence.  Alors tout se tait.  Et l’oreille se tend.  Scrute l’espace.  Et l’œil s’accroche aux reflets du noir.  Cette béance à l’intérieur de soi.  Immobile silence.  C’est maintenant  que s’élève le chant de l’univers.  Et j’en fais partie.  Comme une note noire griffée sur la partition d’une symphonie en fa dièse.

Mes rêves sur l’estran, enfouissant leur empreinte,
la mer les emportait au creux de ses yeux pers,
là-bas, à l’horizon, vers un étrange aber,
bleu camaïeu glissant sous une verte étreinte.

Les vagues en retour, bruissant un air de quinte,
déposaient sur la peau d’une plage au grain clair,
le corps d’un goémon aux feuilles en bois de cerf,
lumineux en ses noirs comme une coloquinte.